J’ai réussi grâce à la classe passerelle

, par Stéphane Jacquet

Quatre témoignages « de l’intérieur » pour montrer l’intérêt de la classe passerelle en STS

A la rentrée 2018, quelques bacheliers professionnels, malgré un avis favorable en terminale, se sont retrouvés sans affectation, à l’issue du processus Parcoursup. Le rectorat a alors décidé de mettre en place le dispositif pour les accueillir et les préparer à intégrer une section de techniciens supérieurs l’année suivante. Les classes passerelles ont été créées par la circulaire du 18 Juillet 2018 pour améliorer la réussite des bacheliers professionnels en BTS ; en limitant le décrochage et en favorisant le passage de la première à la seconde année de STS.

L’objectif premier est d’éviter la déscolarisation, souvent synonyme de démotivation et d’abandon définitif des études.

Il s’agit spécifiquement de :

  • Conforter le projet d’orientation de l’élève ;
  • Développer les compétences méthodologiques ;
  • Consolider les compétences psychosociales ;
  • Renforcer ou compléter les acquis des élèves pour s’adapter à l’enseignement supérieur.

La classe passerelle au lycée Marcel Pagnol d’Athis-Mons

La classe passerelle a ouvert au lycée Pagnol en Octobre 2018 ; et accueille une vingtaine de bacheliers professionnels (commerce, vente, ARCU et GA). Portée par une équipe de professeurs des STS du lycée, elle a été coordonnée par Céline Gallaire, professeure issue du monde professionnel, qui a su adapter son programme « au fil de l’eau », tout en fixant un cap et un cadre de travail ainsi qu’en favorisant les immersions des étudiants. Ils ont donc pu venir dans les différentes classes de STS du lycée et ont poursuivi leurs stages en entreprise, dans le secteur choisi.

L’objectif global était de permettre une orientation « solide » en fin d’année « passerelle », vers une STS choisie, en rassurant l’étudiant et en priorisant sa candidature.

Un étudiant se fait remarquer par sa persévérance et sa motivation

Durant la première immersion de quelques étudiants au profil commercial, dans ma classe de STS MUC première année, j’ai remarqué un des étudiants de la classe passerelle : Khalil.

Curieux et dynamique, il a participé aux travaux de mes étudiants de STS MUC et a fait preuve de leadership dans son groupe. Avec de réelles qualités professionnelles (bien évalué en stage, dans différentes enseignes), Khalil démontrait alors une grande maturité, liée à son parcours (il a dû se résigner à travailler, car il ne trouvait pas de place en STS) malgré un projet toujours effectif (obtenir un BTS puis poursuivre en licence professionnelle de management du point de vente).

Devant une telle motivation, j’ai pris l’initiative, avec l’accord du proviseur, de l’accueillir en cours d’année en STS MUC. La circulaire prévoyant « L’admission et l’affectation en STS peuvent être prononcées avant le terme de l’année de classe passerelle, au cours du premier trimestre, lorsque l’équipe pédagogique a considéré que le niveau de l’élève lui permettait d’être en capacité d’entrer en STS dans de bonnes conditions et d’y réussir. »

Il intègre donc la section en Décembre 2018, avec des travaux à rattraper. Je mise sur sa motivation et sur le professionnalisme de l’équipe pédagogique pour favoriser ce « transfert ».

C’est une véritable réussite ! Khalil s’adapte très vite et apporte à la section sa bonne humeur et son dynamisme. Ses fiches d’activité sont très professionnelles et il peut enfin se projeter dans sa poursuite d’études. La classe passerelle a servi de tremplin et de voie d’accès « parallèle » au BTS. Dans le cas de Khalil, c’était exactement ce qu’il lui fallait.

Témoignage de Khalil, étudiant de STS MUC, passé par la classe passerelle

Que vous a apporté la classe passerelle ?
D’abord on peut dire que cette classe m’a soulagé, car j’étais « dans la rue » et je n’avais pas d’autre choix que de travailler, dans des emplois de base (j’étais manutentionnaire). J’avais l’impression que mes rêves de devenir manager s’envolaient. J’ai décidé de me démarquer ainsi montrer ma volonté de réussir aux enseignants ; par ailleurs, mon attitude a fini par porter ses fruits en éveillant la curiosité des professeurs sur mon profil scolaire ainsi que ma personnalité. Par la suite, ils m’ont donné l’occasion d’intégrer la filière du BTS au cours de mon année de classe passerelle, c’est à cet instant précis que j’ai réalisé la pertinence de la classe passerelle. Dans cette classe, nous nous sommes remis à étudier et à reprendre confiance en nous. Cette classe passerelle m’a permis de m’immerger en première année de BTS, dans la classe de monsieur Jacquet. J’ai alors voulu lui prouver ma motivation et lui montrer ma persévérance et ça a « payé ». J’étais vraiment très heureux lorsqu’il m’a proposé de rejoindre la section en cours d’année.
Quels conseils donneriez-vous aux bacheliers, sans affectation, qui la rejoignent ?
Il faut s’accrocher, bien écouter les conseils et saisir cette chance, car c’est un bon dispositif. Il faut aussi que les étudiants se mettent en valeur et précisent leurs projets, car nous étions « mélangés » entre bacheliers, cela a permis à notre professeur de nous aider à nous orienter. Si nous souhaitons réussir, la volonté, le courage et l’action sont les trois choses essentielles pour atteindre son objectif en classe passerelle.

Un dispositif innovant

On le voit, et en dépit de certaines critiques ; la classe passerelle est un dispositif innovant, permettant de consolider des acquis et méthodes pour favoriser le passage difficile de la posture d’élève à celle d’étudiant. Combien d’étudiants, comme Khalil, risquent de se retrouver sans rien à la rentrée ; alors qu’ils ont de véritables compétences et une envie de poursuivre leurs études ?

Comme toute innovation, la modélisation d’un tel dispositif reste difficile et dépend d’équilibres et d’adaptations locales trouvés par l’équipe qui la porte. La coordination de cette classe demeure un levier déterminant dans la réussite.

Au lycée Marcel Pagnol, c’est un véritable projet qui a été élaboré, avec la réussite des étudiants comme objectif majeur. La coordination a été confiée à Céline Gallaire, qui a su apporter ses compétences en gestion de projet pour coordonner les autres intervenants et insuffler une dynamique de réussite dans cette classe. Là encore, la co-construction et le travail d’équipe se sont avérés déterminants dans la réussite du dispositif.

Témoignage de Céline Gallaire, coordinatrice de la classe passerelle du lycée Pagnol d’Athis-Mons

Quelle est la finalité de la CP au lycée Pagnol ?
La finalité de la classe Passerelle est de préparer les étudiants à leurs études supérieures (comme le BTS) dans les meilleures conditions de réussite possibles. Comme le BO le rappelle, en classe Passerelle, il ne s’agit pas de préparer au(x) BTS mais de préparer à l’entrée en BTS.

Pour ce faire, nous travaillons avec les étudiants sur 3 axes. Tout d’abord, nous les invitons à affiner leur projet d’orientation, à se réinterroger sur la ou les formations qu’ils souhaitent poursuivre. Il ne s’agira pas forcément de reproduire en 2020 les vœux qu’ils ont pu émettre en 2019 dans Parcoursup : nous essayons d’élargir leur connaissance des différentes formations. Ensuite, nous travaillons sur le renforcement des compétences dans plusieurs matières (éco-gestion & outils numériques, français et culture générale, anglais, maths) afin qu’ils arrivent avec des acquis solides dans le supérieur. Enfin, nous abordons l’aspect méthodologie de travail et savoir-être, notamment à travers un travail de fond à l’oral.
Comment avez-vous pu favoriser ce renforcement et cette consolidation des compétences ?
Nous enseignons à la fois dans des classes pré et post bac. Les compétences acquises au lycée et les compétences clé pour réussir en BTS se situent dans un continuum, donc nous reprenons les bases des programmes de 1re et Terminale. Dans l’équipe pédagogique en charge de la classe, nous travaillons en mode projet sur des thèmes transversaux : cette année, nous avons choisi par exemple une activité projet autour du château de Versailles, qui sera exploitée en français, en histoire-géo, mais aussi en éco-gestion en étudiant l’établissement public éponyme. Autre exemple, je travaille sur un projet d’enseignement du bridge pour renforcer la concentration, les capacités d’analyse et de synthèse des étudiants... en lien avec les maths sur l’aspect probabilités et statistiques.
Dans quel état d’esprit les étudiants doivent-ils arriver dans ce dispositif ?
Passée la déception de ne pas avoir eu d’affectation dans une formation supérieure, nous invitons les étudiants à se mobiliser « positivement » pour tirer parti de cette année de transition. Garder les compétences actives, réfléchir à son orientation sans le stress du Baccalauréat, acquérir des méthodes de travail efficaces, (re)mettre un pied en entreprise via un stage de 5 semaines... la classe Passerelle est une seconde chance que leur donne l’Éducation Nationale, qu’ils doivent saisir afin d’aborder sereinement la suite de leurs études.

La classe passerelle peut aussi être l’occasion de s’appuyer sur des dispositifs pédagogiques innovants, en utilisant les leviers apportés par les outils numériques.
Benoît Deguerville a développé un projet innovant au lycée Dumont d’Urville, basé sur le numérique. Il démontre que la classe passerelle peut également permettre « d’équiper » les étudiants au niveau technologique et de développer leurs compétences numériques pour faciliter leur orientation et leur insertion professionnelle.

Témoignage de Benoît Deguerville, coordinateur de la classe passerelle du lycée Dumont d’Urville (Maurepas 78)

Quels sont vos objectifs spécifiques en classe passerelle ?
Les objectifs qui guident le projet pédagogique de la classe passerelle sont les objectifs établis par la circulaire n° 2018-089 d u 18-7-2018, à savoir notamment : https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=132734
Conforter le projet d’orientation de l’élève Beaucoup d’étudiants arrivant en classe passerelle ont mal défini leur projet d’orientation en terminale au regard de la formation suivie et de l’insertion professionnelle souhaitée. Dès le début, nous cherchons à partir du métier souhaité afin de découvrir les formations qui permettent d’atteindre ce but, ou alors de partir des poursuites d’études qu’ils avaient déjà envisagées pour découvrir précisément à quoi le diplôme mène et quelles sont les compétences développées. Ils peuvent également découvrir l’existence des mentions Complémentaires. Un module organisé conjointement avec Mme BARRET, développeur territorial de l’apprentissage, a permis de mieux appréhender les conditions de réussite en apprentissage.

Favoriser l’ouverture culturelle
Nous avons mis en place des séances de « Culture générale » qui permettent une ouverture culturelle. Il s’agit de leur montrer que la culture permet de s’épanouir. Chaque séance commence par une revue de presse présentée par 4-5 élèves pour présenter un fait d’actualité politique, économique, sportif…Chaque séance est prévue pour être traitée en trois temps : point culture historique, artistique et scientifique.
Consolider les acquis
Pour consolider les acquis des étudiants, plusieurs disciplines leurs sont proposées : Enseignement professionnel, économie-droit, Langues vivantes, Français.

Comment vous êtes-vous appuyé sur le numérique pour atteindre vos objectifs en classe passerelle ? Depuis la rentrée, les étudiants de classe passerelle ont installé sur leur smartphone, une application nommé « BTS PASSERELLE ». Elle permet de pratiquer la classe inversée pour les dossiers d’économie-droit-management. Les étudiants accèdent à une capsule-vidéo que nous leur publions sur l’application, ils peuvent la regarder autant de fois que nécessaire. Ensuite, ils répondent à un test de connaissances (réalisé sur le site Quizinière.com développé par Réseau Canopé) pour voir quelles notions ils ont compris ou pas. Grâce aux résultats du test, je crée des groupes hétérogènes « de besoins », entre des élèves qui maîtrisent certaines connaissances et d’autres étudiants en maîtrisant d’autres. A leur arrivée en classe, ils travaillent en groupe pour réaliser la synthèse et travailler sur des exercices mettant en œuvre les connaissances abordées dans la vidéo. Cette application leur permet également d’accéder à un onglet « Orientation » qui leur permet de consulter les différentes fiches de formation ONISEP et CIDJ ; d’avoir les contacts des différents organismes pouvant les accompagner dans la construction de leur projet (CIO, Mission locale, Cité des métiers, Yvelines information jeunesse) et d’avoir un accès direct à ParcourSup et au calendrier d’orientation
Quels sont vos indicateurs de réussite du dispositif ? Pouvez-vous nous présenter vos premiers « résultats » de la classe passerelle ?
L’an dernier, le taux d’insertion des étudiants de classe passerelle en BTS a été de 75%. Sur les 3 étudiants sur 12 qui n’ont pas été affectés dans le supérieur : 1 est parti au Canada pour suivre un cursus lié au Basket-Ball, 2 sont en recherche d’emplois après n’avoir pas obtenu leur vœu en BTS.

La classe passerelle était plutôt prévue pour les élèves issus des Baccalauréats professionnels et sans affectation à la rentrée. Le dispositif n’excluait pas, a priori, les élèves issus de STMG. La plupart des classes passerelles sont donc composées à 80 % d’étudiants bacheliers professionnels. Ce n’est pas le cas au lycée Georges Braque ; dont cette classe se compose à 80 % de bacheliers STMG. Son coordinateur, Kada Zouaoui, a choisi de la rebaptiser « prépa BTS », pour éviter l’effet « péjoratif » lié au mot « passerelle ». Il vous présente, lors de cet échange, les spécificités de cette classe.

Témoignage de Kada Zouaoui, coordinateur de la « prépa BTS » du lycée Braque (Argenteuil)

(Présentation sur https://view.genial.ly/5daed07e05a94d0f8422e0c4)
Pouvez-vous présenter les spécificités de la classe « prépa BTS » du lycée Braque (composition, provenance des étudiants) ?
La classe PREPA BTS du lycée G. Braque est un dispositif de formation qui a commencé au mois d’octobre 2019. L’effectif est composé de 23 étudiants dont 17 STMG, 3 ASSP et 3 bac pro ARCU. On note une structure radicalement différente par rapport à celle de l’an passé ou nous avions 80% d’étudiants issus de la voie professionnelle.
Quels sont les objectifs pédagogiques de cette classe ?
Le triptyque « accompagnement, compétences transverses et STS » pose les jalons d’une formation patchwork qui conjugue innovations pédagogiques et processus de construction du projet de l’étudiant.
Nos objectifs sont les suivants :
  • Permettre à l’étudiant de développer sa capacité de travail personnel en autonomie et en groupe ;
  • Accompagner l’étudiant dans la construction d’un projet d’orientation choisi et pertinent ;
  • Faire acquérir à l’étudiant des compétences d’analyse, de synthèse, de rédaction, nécessaires à l’entrée en STS.
Comment pourrait-on améliorer encore ce dispositif ?
Les étudiants s’interrogent toujours sur la possibilité d’une certification de fin d’année reconnue dans leur poursuite d’étude. Ils déplorent le manque de reconnaissance de cette année dans le parcours universitaire qu’ils envisagent de suivre. Les enseignants quant eux souhaitent bénéficier de temps de formation forts leur permettant de mettre en œuvre des projets pédagogiques interdisciplinaires, vecteurs d’émulation et d’enrichissement de leurs approches pédagogiques.

Un déploiement national

On voit à travers ces témoignages que la liberté pédagogique des professeurs permet une véritable adaptation au contexte local et aux profils des étudiants de la classe passerelle. S’il s’agit d’abord de rassurer et de « remettre à flot » des bacheliers déstabilisés par l’absence d’orientation, il faut aussi consolider une base d’acquis suffisante pour réussir en STS. La classe passerelle s’affirme alors comme un véritable dispositif d’accompagnement ; qui demande des qualités pédagogiques mais également d’adopter une démarche de « coaching » . Savoir mettre en œuvre la différenciation et la gestion de l’hétérogénéité des parcours ainsi que des profils s’avère essentiel. Le numérique peut aussi constituer une véritable aide pour entraîner nos étudiants vers leur réussite.
Au niveau national, ce sont plus de 2 000 places qui ont été prévues dans les 139 classes passerelles créées par le ministère ; l’an dernier. Parfois qualifiées à tort de « voies de garage » elles représentent plutôt de véritables « sas d’accès » au BTS. Le succès du dispositif aurait pu être plus important l’an dernier si les intéressés avaient connu la finalité et le contenu de ces passerelles.
Après presque deux années d’expérimentation, le dispositif est mieux connu et les bonnes pratiques se diffusent. L’enjeu reste important pour les étudiants qui les composent, car il s’agit d’obtenir un avis favorable à l’issue de la classe passerelle pour pouvoir intégrer le BTS de leur choix, surtout pour les bacheliers professionnels qui peinent à y entrer (voir schéma) : Source : Onisep
De nouvelles promotions se sont mises en place depuis octobre 2019 dans les différents lycées de l’académie et les possibilités de développement sont multiples ; à l’image de l’histoire de Khalil, resté 2 mois dans cette classe, qui a permis son retour en première année de STS après un an de doutes et de démotivation.
L’histoire de Khalil ne doit pas rester isolée et c’est par le travail des équipes pédagogiques, et avec l’appui de la direction que le dispositif peut devenir performant et favoriser la réussite de ces bacheliers professionnels en STS.

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