I - EVOLUTION DE LA NOTION
Trois métaphores peuvent être évoquées
pour la présentation des grandes entreprises et par la même pour
leur mode de fonctionnement :
- la
famille (au XIXe siècle) : la communauté y est centrée
sur le patron présenté comme le père chargé de
la sécurité et de l’éducation de ses salariés.
Cette protection peut même se poursuivre au-delà de l’entreprise
puisqu’ils sont parfois maire, soutiennent des activités sociales
extérieures, des constructions d’écoles... La solidarité
rapproche ouvriers et patron puis les ouvriers entre eux. Le modèle
social et moral répond à des besoins pratiques de gestion :
dans un contexte de développement de l’industrie, attirer et
stabiliser une main-d’œuvre constitué pour l’essentiel
de paysans. - la
maison (dans les années 1920) : après la première
guerre mondiale l’entreprise se renferme sur elle-même. Elle est
une « maison » qui entoure, protège et unit.
A la fin
des années 20, l’objectif est une meilleure mobilisation du personnel.
Les publicités vantent les œuvres sociales de l’entreprise.
Celle-ci cherche à faire connaître ses caractéristiques,
ses valeurs... à se distinguer des autres. Petit à petit,
cet esprit « maison » n’est plus l’exclusivité
des grandes entreprise mais se retrouve aussi dans de nombreuses PME
- l’équipe
sportive (dans les années 1960/1970) : le salarié,
fait partie d’une équipe, il doit s’investir pour qu’elle
réussisse. Il doit être conscient de ses forces, de ses faiblesses
et de sa propre identité. Il ne doit plus être passif.
Dans le contexte de crise et de transformation des marchés
à partir des années 1970, l’organisation est menacée,
et dirigeants comme salariés doivent devenir des individus souples, mobiles,
autonomes et motivés pour surmonter la concurrence généralisée.
La relation entre salarié et entreprise s’organise selon deux axes
: d’une part loyauté/fidélité envers l’organisation
et d’autre part la confiance vis à vis du salarié.
La culture d’entreprise à partir des
années 80
Avec la crise la notion ancienne de culture d’entreprise
« taylorienne » ne convient plus ; il faut trouver de nouvelles
valeurs. Changer de culture doit permettre de faciliter la transformation des
méthodes de production et de gestion. La nouvelle culture doit être
cohérente, homogène, forte. Il faut aussi transformer les anciennes
méthodes de conduite du personnel. Dans les années 80, les ingénieurs
et managers de l’entreprise doivent donner du sens au travail.
Le sens doit rassembler les hommes dans une même logique,
une même dynamique. Le consensus suppose l’établissement
d’une dynamique de cohésion de l’entreprise et de partage
d’un ensemble de valeurs communes.
Les réflexions sur la culture d’entreprise se révèlent
un enjeu important pour le fonctionnement des entreprises : comment intégrer
les salariés . En écho au management par les valeurs qui s’installent
à partir des années 80, les pratiques de GRH prônent plus
de responsabilisation, d’individualisation, de flexibilité ou de
prévision à long terme. On peut y voir la marque d’un renouveau
profond des relations entre l’entreprise et ses salariés.
L’entreprise doit devenir une institution qui assume la
fonction d’intégration sociale. La culture d’entreprise devient
un objet central du management des années 80.
La mémoire collective est un élément central
de la culture. Chaque groupe social possède ainsi une mémoire
collective propre qui permet à ses membres de reconstruire en permanence
le passé en s’appuyant sur des événements, des traces
matérielles, des rites et des traditions hérités.
Les procédures de l’entreprise, ses doctrines techniques
et managériales ou encore ses routines jouent un rôle de gardien
de la culture et de la mémoire.
En créant des routines, l’entreprise définit
des modèles culturels pour la compréhension des situations de
gestion et la résolution des problèmes.
Petit à petit l’entreprise cherche à se
doter d’une image différente. L’entreprise se veut citoyenne..
Malgré leur diversité, les définitions
s’accordent globalement sur quatre points :
- la culture
résulte d’un processus d’accumulation au cours de l’histoire,
c’est donc un phénomène collectif socio-historique - la culture
recouvre des objets matériels (techniques, pratiques, langages) et
idéaux (représentations, valeurs). Ce qui signifie que les hommes
produisent des idées pour créer la société dans
laquelle ils vivent. - les valeurs,
les principes ou idéaux qui structurent la culture d’un groupe
ont des fonctions normatives sur les façons de penser et de se comporter. - la culture
n’est pas figée, elle évolue en fonction des hommes, du
contexte...
II - LA CULTURE D’ENTREPRISE ET LA COMMUNICATION
Le fonctionnement de l’entreprise est sous la dépendance
de la dynamique des individus et de la dynamique des rapports entre ces individus.
L’organisation construit ses rapports en leur communiquant du sens. Dès
lors, en plus de sa structure organisationnelle, l’entreprise se dote
d’un sens social. Son identité réelle, et pas seulement
celle voulue par ses dirigeants, matérialise une culture spécifique.
Elle va permettre d’identifier l’organisation, la différencier
de ses concurrents... L’intégration du salarié est un
aspect important du management actuel, une bonne connaissance et une adhésion
à cette culture peuvent être source de performance.
Nous verrons comment, les différents outils de communication,
à travers les notions d’identité, d’intégration
et de mémoire d’entreprise, peuvent participer à la construction
et à la diffusion de la culture d’entreprise.
-
L’IDENTITE
La culture est présente essentiellement dans l’ensemble
des modes de vie, les comportements, le nom de l’entreprise, les logos,
le style de l’architecture, la disposition des locaux, dans sa communication
symbolique et sémiologique. A travers l’architecture et l’aménagement
des postes de travail, une entreprise peut communiquer sa culture. Le fait que
les collaborateurs soient assis face à face ou qu’ils se tournent
le dos a une signification.
Chaque fait de l’entreprise peut être considéré
comme une expression de sa culture et contribuer à celle-ci : la politique
du personnel, la présentation des produits, l’attitude face aux
clients, l’image à laquelle on veut correspondre, les annonces
passées dans les médias...
-
L’INTEGRATION
En raison des exigences du marché et de l’environnement,
l’entreprise évolue, passant d’une communication de type
linéaire descendante à une approche plus globale, cohérente
et participative. Cette conjoncture engage les décideurs à valoriser
au sein de leur personnel un climat et un nouveau mode de communication plus
profond, plus global et plus intégrateur.
En fait la culture d’entreprise devrait conduire chaque
salarié à avoir le sentiment que son succès personnel passe
par celui de son établissement.
Mais, dans les organisations, la coopération ne se décrète
pas, elle existe quand elle est ressentie par tous comme une nécessité
et qu’elle entraîne une véritable adhésion.
A ce titre la communication interne revêt une très
grande importance et évolue ; elle devient stratégie. Il faut
maintenant la penser, l’organiser et l’associer à la communication
externe.
L’information diffusée par l’entreprise revêt
deux aspects : information opérationnelle, principalement pour transmettre
des ordres, pour informer et une information motivante qui va s’efforcer
de « mobiliser, fédérer les troupes ». Pour cette
dernière les objectifs sont respectivement de présenter l’entreprise
comme un système ouvert et compétitif, donner au personnel les
moyens de comprendre la manière dont l’entreprise fonctionne et
mettre en valeur la politique managériale de l’entreprise.
•
Les outils d’intégration*
L’écrit
L’écrit est le premier vecteur de communication
interne ; celui-ci doit être précis, efficace et doit pourvoir
être conservé car ce sont des outils de travail mais ils constituent
aussi la mémoire de l’entreprise. On y retrouve des documents de
travail, des instruments de dialogue (des tableaux d’affichages, des affichages
lumineux, des boîtes à idées, des sondages, la lettre au
personnel...)
Support écrit, la presse d’entreprise est l’un
des supports privilégiés de communication interne. Elle représenterait
à elle seule 60 % des budgets engagés au titre de la communication
écrite. Diverses études tendent à montrer que les salariés
veulent une information de proximité, concrète, utile, directement
exploitable au quotidien. Ainsi le magazine d’EDF : La vie électrique,
donne des repères à ses lecteurs pour mieux appréhender
l’évolution de l’entreprise en mettant en avant les adaptations
de l’organisation, des techniques, des méthodes de travail et des
mentalités. Il mêle ainsi informations stratégiques, témoignages,
échanges d’expériences, et informations pratiques.
Il n’est pas inutile non plus de faire circuler dans l’entreprise
les documents qui la représentent à l’extérieur (brochure,
campagne de publicité...). Gaz de France avait procédé
de la sorte en avertissant les salariés de la sortie d’une campagne
de publicité par une brochure glissée dans leur bulletin de paye.
Il avait également visionner, en avant première, le film publicitaire.
Toutes ces méthodes influent favorablement sur l’image de l’entreprise
et le climat interne.
*
L’oral
L’oral revêt aussi une importance non négligeable
dans l’intégration du salarié. A côté d’outils
traditionnels (réunions en face à face) on peut aussi y associer
les vidéoconférences, les cercles de qualités qui vont
permettre aux salariés de participer à l’élaboration
de projets, dans un cadre relativement informel. Les rencontres, telles que
des réunions inter-services ; visites d’atelier, de chantier, d’usine
; journées portes ouvertes... ont tous un même but : provoquer
des échanges latéraux entre salariés d’une même
entreprise.
* Les
TICE au service de l’intégration
- La
messagerie (électronique, instantanée, forum, liste de
diffusion)- Le
blogs- Les
espaces partagés- L’intranet
Le développement de l’intranet
facilite le phénomène d’intégration ; il
permet de mettre à la disposition du salarié tout une
série d’informations, d’outils, sur l’entreprise,
sur son travail... Outil très apprécié par
les salariés pour l’attractivité, la disponibilité
et la centralisation de l’information
Les connaissances, l’expérience et tous les documents
y afférents représentent un gisement insoupçonné
d’amélioration de la réactivité et de la productivité.
Les organisations commencent à intégrer la dimension « mémoire
d’entreprise » dans le management afin de tirer le meilleur parti
des savoirs accumulés et s’assurer contre leur perte. La GED dans
ce domaine sera un outil précieux.
Bien que la culture d’entreprise ne soit pas mentionnée
directement dans les programmes de STG en communication il est difficile d’en
faire abstraction quand on voit son importance dans le management des organisations.
Ce contexte de culture d’entreprise pourra, par exemple, être évoqué
en classe de terminale, dans le cadre de la communication (communication et
dialogue social, communication organisée et gestion des documents), la
gestion des ressources humaines (les moyens d’intégration, l’accueil...),
l’organisation du travail (performance, poste de travail).
Sources
Ouvrages :
- Organisation
et comportements (Dunod)
Quelques sites :
- La culture
d’entreprise, vecteur essentiel de communication (Mohand RENAI)
http://www.univ-tlse2.fr/aislf/gtsc/DOCS_SOCIO/FINITO_PDF/Renai_rev.pdf - L’intégration
sociale dans les organisations (Gérard DONNADIEU)
http://www.afscet.asso.fr/gdAnde03.pdf - La représentation
sociale de la culture d’entreprise
http://perso.orange.fr/nathalie.diaz/html/Introduction%20culture%20entrep.htm - La culture
d’entreprise en France (Bernard MASSIERA)
http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/06/22/79/DOC/sic_00000708.doc - Culture
d’entreprise (Christophe Durand, Jean-François Fili, Audrey Hénault)
http://culture.entreprise.free.fr/ - Vers une
version de la communication interne des organisations comme média de
la culture d’entreprise (Sylvie PARRINI-ALEMANNO)
http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/06/22/96/PDF/sic_00000741.pdf
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